Un Stuuût mémorable...

Tranches de vacances

N’étant pas un acharné des vacances à date fixe, je ne me résous que rarement à fixer des dates de vacances . Cela faisait 12 ans que je n’étais plus parti. Peut-être tout simplement parce que mon métier ne laisse pas de place à la routine, et que de ce fait je me sens en vacances toute l’année. Résultat : je travaille toute l’année ! Mais cette fois, c’était la bonne ! Je prends deux semaines, avec toute la famille en Espagne. Je n’étais jamais allé au pays des Ibères en été , et en dehors de « Vamos à la playa », je ne connaissais pas un mot d’espagnol Qu’importe, c’est en forgeant…. Nous sommes arrivés à destination, c’est à dire devant l’agence immobilière qui nous a loué la villa, vers les 14h d’un dimanche magnifiquement ensoleillé . Ma première impression fut que les habitants avaient déserté les lieux pour se rendre dans des régions plus fraîches. Je ne m’étais pas vraiment trompé, c’était l’heure de la sieste. Première tentative de contact avec la représentante de l’agence à l’autre bout du fil : « Allo, Qué passass ? personnas à l’aguentas ? ». Autant dire que cette communication téléphonique, par satellite interposé, n’a eu d’incidence que sur mon budget GSM. Les trois tentatives suivantes ont fini par provoquer l’hilarité de mon interlocutrice.

Il faisait un bon quarante degrés à l’ombre, et cela devait bien faire quarante minutes que nous nous trouvions, en plein soleil, en face de cette agence. L’esprit étant en principe situé sous la calotte crânienne, celui ci commençait à s’échauffer un peu Rassemblant péniblement tous mes souvenirs, de chanson, de western spaghetti, de Zorro et de restaurant paëlla, j’y suis allé d’un très ferme : « No paguaré si pas rapidos la seniorita aqui ! ». Gagné ! à 15H, nous plongions dans la piscine de la villa afin de ramener corps et âme en zone zen, c.a.d. 37° pour le corps et 60 Hertz pour l’esprit.

Une fois nos facultés sensorielles revenues à la normale, c’est la sensation la plus primaire qui se manifesta : Tout le monde avait la dalle !

Les grandes surfaces ont un avantage indéniable, c’est que le beurre, on voit que c’est du beurre, le fromage, on sent que c’est du fromage et la cerise, on goûte que c’est de la cerise. Il n’y a donc qu’à se servir et payer à la caisse. Mais pour le jambon, il faut demander à la dame du comptoir charcuterie. Et là, on rêve de s’appeler Servantes, car, Molière, Vondel, Shakespeare ou Goethe ne sont d’aucun secours. Bien décidé à obtenir mes 250gr de jambon, je me plante en face de la vendeuse. Moi, devant le comptoir, elle derrière, et le jambon entre nous deux, impassible. Arborant un sourire commercial, elle me fait : « Ola ! ». Un peu surpris je réponds d’un « Holà » trahissant mon expectative, tout en jetant un regard furtif sur mon Tshirt, afin d’y repérer la tache qui a provoqué ce « Ola » dans la bouche de mon interlocutrice. A son deuxième « Ola », j’oppose du tact au tact un « Holà-là-lala-lala » empreint d’interrogation et d’excuses pour une faute que j’aurais probablement commise. Comprenant soudain qu’il s’agissait tout simplement d’un échange de « Bonjour »,j’entrepris ma commande de jambon. Pointant mon index vers la noix de jambon, je laisse échapper un « ça ! » indiquant clairement mon choix. S’en suivi un « si » auquel je ne m’attendais pas. J’insiste : « Non ! çà ». Elle :« si, si ». Moi :« non ! çà, çà ». Sans un mot de plus, elle saisi le jambon. La première étape était franchie. Maintenant çà se complique. Comment lui faire comprendre qu’il m’en faut 250 gr ? J’aperçois sur l’arrière-comptoir une trancheuse automatique qui coupe la tranche, laquelle est récupérée par une espèce de main métallique, qui la dépose dans le papier d’emballage. D’un coup d’œil expert, j’estime que cette merveille de la technologie charcutière débite une tranche à la seconde. Sachant qu’une tranche de jambon pèse environ 16 grammes, j’ai vite fait de résoudre mentalement l’équation. J’en fais donc part à la seniorita en lui indiquant sur ma montre que je désire 15 secondes de jambon. Convaincu de mon génie de la communication, je décidai de faire le reste de mes emplettes et de repasser par le comptoir charcuterie en bout de circuit, pour prendre livraison de mes 250 gr de jambon. Un petit tiers d’heure plus tard, ma mine satisfaite se transforma brutalement en grimace effrayante à la vue du paquet de 15 MINUTES de jambon, soit 14Kg et 400gr, que ma charcutière Ibère me remis lourdement, avec un sourire qui me fit comprendre que la satisfaction avait changé de camp. Je ne pus m’empêcher de m’écrier « Holà lala-lala-lala », à quoi elle me répondit très gentiment « Buenas dias senior ». Et voilà, maintenant je connais deux manières de dire « bonjour » en Espagnol, mais je ne sais toujours pas comment on dit « Jambon ». De toute façon, cela ne m’aurait servi à rien. Il n’a jamais fallu en racheter !